Pour commencer à bâtir une culture commune permettant aux habitants de s’approprier la problématique des risques, nous avons élaboré un schéma pour représenter la “chaîne de risques”, qui articule des éléments, ou événements, reliés entre eux par des processus.
Lorsqu’un ALÉA affecte un ou des ENJEUX (définis par leur vulnérabilité), il génère un RISQUE, qui entraîne des DOMMAGES, susceptibles d’impacter des besoins vitaux* de la population, des biens et services, des infrastructures – c’est-à-dire les “conditions pour vivre”.
* Besoins vitaux : respirer, réguler sa température, dormir, boire, manger, éliminer ses déchets.

Dijon Avenir a engagé un travail de diagnostic pour identifier les différentes chaînes de risques qui permettent de comprendre comment les aléas liés aux crises pourraient affecter des vulnérabilités du territoire, générer des risques et finalement entraîner des dommages sur les différents systèmes et infrastructures de la société, avec des impacts réels pour la population :
| SYSTÈMES | Systèmes agricole – alimentaire | Alimentation en eau potable | Système énergétique | Infrastructures techniques | Secteur tourisme | Habitat-logement | Urbanisme |
| VULNÉRABILITÉS | Très faible autonomie alimentaire de la Métropole (8%) et pire à l’échelle du bassin de vie (4%) 240 hectares artificialisés entre 2011 et 2022 dans l’agglomération | 7 des 12 ressources en eau (soit 75 % des besoins en eau potable) sont situés hors agglomération | Consommation d’énergie finale qui repose à 84 % sur les énergies fossiles 63 % des actifs se rendent au travail en véhicule motorisé Forte baisse de la croissance des arbres | Domaine de fonctionnement des systèmes électrotechniques limité à 43 °C | Economie locale tournée vers l’oenotourisme dépendant du tourisme international lié au transport aérien | 13,9 % de passoires énergétiques | Ville très minérale : 40 % de couverture arborée et herbacée en zone urbaine (18 pts de moins que la moyenne nationale) 4 °C de différence de température entre le centre-ville et la périphérie durant les canicules |
| CRISES / ALÉAS | RISQUES (EFFETS / IMPACTS) | ||||||
| Changement climatiqueCanicules notamment précoces | Baisse des rendements agricoles – pénurie alimentaire | Moindre production de bois | Interruption de fonctionnement de nombreux équipements électrotechniques (transports publics, climatisation, etc.) | Dégradation de la qualité du vin de Bourgogne, impactant l’oenotourisme | Effet de bouilloire thermique dans les logements | Mortalité excessive (+ 93 % à Dijon lors de la canicule de 2003) | |
| Changement climatiqueModification régime précipitations (sécheresse, déluge) | Baisse des rendements agricoles – pénurie alimentaire | Pénurie d’approvisionnement en eau | Difficultés pour le refroidissement des centrales | Retrait Gonflement des Argiles fragilisant le bâti | Inondations par ruissellement | ||
| Epuisement des ressources fossiles et minérales | Rupture d’approvisionnement en engrais de synthèse | Difficulté d’approvisionnement par pompage | Difficulté de mobilité pour les habitant·e·s | Pénurie de semi-conducteurs | Réduction du flux de touristes par diminution du trafic aérien | Difficulté d’approvisionnement en matériaux de construction Renchérissement, voire pénurie d’énergie pour le chauffage et la climatisation | |
| Effondrement dramatique de la biodiversité | Moindre pollinisation -Baisse des rendements agricoles | ||||||
| Explosion de pollutions multiples (air, sols, eau) | Dégradation de la qualité alimentaire | Dégradation de la qualité de l’eau | Maladies respiratoires, allergies | ||||
Exemple : L’aléa “canicule précoce” qui affecte les systèmes électrotechniques, dont le domaine de fonctionnement s’arrête à 43 °C, générant une interruption du fonctionnement de nouveaux équipements avec des arrêts de transports publics, des arrêts de climatisation et de moyens de conservation, impactant le besoin vital de manger.
Ce diagnostic met en évidence les impacts locaux des 4 grandes crises du monde physique que sont le changement climatique, l’effondrement de la biodiversité, l’explosion des pollutions multiples et l’épuisement des ressources fossiles et minérales c’est-à-dire des ressources non-renouvelables, dont la Terre nous offre un stock fini.
On comprend la réalité de l’épuisement des ressources à travers les 4 graphiques ci-dessous, qui montrent, à l’échelle mondiale :
- D’abord, la croissance très rapide de la consommation d’énergie, où les fossiles pétrole en tête représentent encore 80% du mix mondial
- Ensuite l’entrée dans une phase de décroissance de la production de pétrole, qui a passé un pic et qui entre en phase de déplétion irréversible.
- Après, la baisse progressive du Taux de retour énergétique qui dit qu’il faut toujours plus d’énergie pour extraire du sol une unité d’énergie ou de matière (lien extractivisme…)
- Enfin, l’effondrement de la concentration en métaux dans les minerais (la matière brute qu’on extrait du sol) qui montre qu’il faut extraire toujours plus de minerais du sous-sol pour avoir la même quantité de métal.

| Nature crise | Caractérisation / impacts | Causes | Conséquences |
| Changement climatique catastrophique | +1,5°C vs ère pré-industrielle en 2024 PNACC rapport météo-france adaptation à +4° en 2100 et +2,7° en 2050 Eléments du rapport météo france | Emissions GES liées aux activités économiques modernes (industries, agriculture, transports, déchets) au-delà des capacités de régénération de la Terre | Remise en cause de la remarquable stabilité climatique depuis 10 000 ans qui a permis à l’humanité de se sédentariser d’abord et d’occuper et transformer les espaces |
| Effondrement dramatique de la biodiversité | -68% de vertébrés et -80% d’insectes en 50 ans 66% des milieux marins détériorés | Activités économiques modernes (extension de la présence humaine sur terre, artificialisation des sols, fragmentation des habitats, destruction des écosystèmes, pollutions…) | Destruction d’une condition de survie de l’espèce humaine, la biodiversité est une condition essentielle de la survie de l’espèce humaine… Dimension morale / éthique |
| Explosion de pollutions multiples | 10% des sols européens dégradés (air, sols, eau) > 10M de morts par an à cause des pollutions dans le monde | Activités économiques modernes | Mise en danger de la santé par atteinte directe ou indirecte à l’organisme |
| Épuisement accéléré des ressources fossiles et minérales | Pic de pétrole conventionnel déjà dépassé >50 matériaux considérés comme critiques dont de nombreux nécessaires à la transition énergétique | Activités économiques modernes | Cause directe des 3 crises précédentes Les ressources non-renouvelables, fossiles et minérales, constituent le sang de nos économies avancées |
Si on ajoute à cela le fait que la France n’a quasiment aucune énergie fossile et très peu de ressources minérales, on voit donc là une source d’extrême fragilité : une société où l’essentiel de ce qu’on produit et consomme, dépend d’énergies et de matériaux qu’on n’a pas chez nous et qui sont en voie d’épuisement ailleurs.
Au fond dans ces 4 grandes crises du monde physique on voit une crise de la démesure, crises d’un système économique drogué à l’abondance de ressources naturelles, qui on l’a compris vont devenir beaucoup moins abondantes.
A ces crises du monde physique s’ajoutent une crise économique et sociale, et une crise démocratique profonde et durable.
| Nature crise | Caractérisation / impacts | Causes | Conséquences |
| Crise économique et sociale | Accroissement des inégalités Dégradation, affaiblissement des services publics Stagnation des économies avancées Chômage structurel Crises des dettes souveraines | Épuisement progressif des ressources non-renouvelables Couplage entre énergie et croissance économique “Chocs majeurs” de plus en plus fréquents (crise financière, Covid, guerre en Ukraine) | Crise démocratique profonde et durable |
| Crise démocratique profonde et durable | Défiance croissante envers les institutions et leurs représentants Baisse de la participation citoyenne (notamment électorale) Dépolitisation Délitement des valeurs démocratiques et de progrès social | Dysfonctionnements du modèle économique productiviste | Montée des néo-fascismes Exacerbation des sentiments nationalistes et identitaires |

SI on ne fait rien, ces crises vont s’aggraver jusqu’à menacer les besoins vitaux de la population et la cohésion sociale, avec des risques d’effondrements, qui comme souvent toucheront d’abord les plus vulnérables.
Choix de la sobriété énergétique et matérielle comme trajectoire d’adaptation
Finalement il nous semble qu’il y a deux grandes trajectoires possibles, deux modèles pour penser et organiser l’adaptation et plus largement l’avenir de la société, de la ville et de nos façons d’y vivre.

- En rouge, la fuite en avant dans la démesure énergétique et matérielle. C’est le modèle extractiviste, productiviste, techno-solutionniste, consumériste, finalement croissanciste et capitaliste, avec ses illusions de croissance durable ou verte. Modèle désormais très fragile et dont nous pensons qu’il nous mène droit vers le précipice. La croissance pourrait certes être maintenue encore quelques temps, mais au prix d’un accaparement des ressources, d’une aggravation des pollutions multiples, d’une perte accélérée de biodiversité et d’un accroissement des inégalités. Suivra l’effondrement brutal, notamment une violente récession économique. C’est d’évidence dans ce cadre de référence que s’inscrivent et se déploient les politiques publiques de l’actuelle équipe municipale.
- En vert, le choix de la descente énergétique et matérielle organisée et planifiée. C’est la bifurcation vers un modèle de post-croissance. Une économie de sobriété, relocalisée, circulaire et régénérative, cherchant à répondre à des besoins raisonnés à l’aide de ressources limitées. Vivre avec moins, mais mieux. Ne plus être un poids pour le reste du monde.
Le choix de Dijon Avenir est clair. Pour construire notre résilience ou robustesse collective c’est-à-dire notre capacité à faire face aux crises et à se protéger de leurs impacts, nous devons planifier collectivement la descente énergétique et matérielle, et le faire bien sûr avec une exigence de justice sociale, notamment d’équité et d’exemplarité.
Et nous pensons que dans ce scénario la convergence des crises ne doit plus être vue comme un désastre mais comme une opportunité vers un changement positif de modèle. Ainsi Dijon Avenir place au cœur de son projet cette idée de sobriété matérielle co-construite, de descente énergétique maîtrisée, parce qu’elle constitue un échappatoire à l’effondrement de nos sociétés et est donc le seul récit véritablement positif et heureux dans cette période très sombre et pour faire face à la convergence de crises.